Vous n’êtes pas sans savoir que la musique appartient à une poignée de privilégiés et si vous avez lu mon article sur le magnifique Miles Ahead, vous savez que ces privilégiés sont suisses et riches. Le disque dont j’ai choisi de parler aujourd’hui répond une nouvelle fois à cette affirmation tout comme la lignée de disques et enregistrements qui ont été produits lors du fameux festival de Jazz de Montreux. Ce soir là, trois légendes étaient réunies pour une nuit d’exception : Jim Hall à la guitare (qui m’était avant cela totalement inconnu je dois bien le reconnaître…), Wayne Shorter au saxophone et Michel Petrucciani représentant les couleurs de la France et du Fort Boyard. Outre les légendes que sont déjà Wayne Shorter et Jim Hall en 1986, lors de l’enregistrement, j’aimerais m’attarder sur le petit Petrucciani.
Le natif d’Orange est frappé depuis la naissance d’un handicap, une ostéogénèse imparfaite. Né au milieu d’une famille de musiciens, Michel n’a eu de cesse tout au long de sa courte existence de répéter qu’il ne croyait pas au talent, au génie mais au travail. Etudiant tour à tour le classique et le jazz, étant privé d’une vie normale du fait de sa condition, Petrucciani s’est bâti au fil des ans un style et un jeu particulier pour en arriver un jour à révolutionner complètement le piano, le jazz et la musique en plus ou moins 20 ans… Même un Miles Davis vieillissant et en fin de course refusera de prendre le jeune Michel sous son aile de peur de gâcher le talent brut du pianiste nain avec ses dernières productions. Il faut voir par exemple les vidéos d’un Miles agonisant sur Human Nature, une trompette rose bonbon aux lèvres et s’accompagnant de ce qui est probablement le groupe de Francky Vincent, pour comprendre qu’à cette époque, Davis n’en n’a plus rien à foutre…

